Impudeur

Il faisait chaud ce matin du mois d’Août, nous étions assis dans l’oratoire du cimetière. Les volontaires de la Hevra ont poussé un chariot bas, recouvert d’un catafalque noir le long de l’allée centrale. Je me souviens de l’odeur de la foule, parfum et maquillage, sueur et larmes. Vêtus pour la plupart avec recherche, ils exprimaient sur leurs visages et dans la mesure de leurs gestes, l’affliction de circonstance.

Assise au premier rang des vivants, dans la travée des femmes, seule, je ne voyais que ton corps, pourtant masqué par une boite de pin clair. Je tentais de combattre la dernière image que j’avais de toi, brève vision d’une salle de réanimation, pour tenter de superposer ton visage, ta silhouette vivante.

Ma robe de laine grattait, quand ils ont fait coulisser la boite de pin dans le trou. Le bruit du sable, puis des pelletées de terre s’écrasant sur elle résonnaient. Mes collants noirs me faisaient transpirer. J’ai couru hors du cimetière. Entre deux voitures j’ai ôté ces vêtements enfilé un jean et un tshirt et sur la moto de mon cousin, collée contre son dos, j’ai attendu.

Virages après virages nous sommes arrivés en haut de la colline. J’ai gravi le chemin de la carrière de schiste qui jouxtait la maison. Me suis assise les jambes dans le vide . Le chien est venu poser sa tête sur mes genoux.

 

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  1 comment for “Impudeur

  1. 25 août 2013 at 9 h 29 min

    Très beau texte,très touchant. On a tous vécu cela

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