Elle reste seule, privée de toi

Vous étiez deux, quasi identiques depuis toujours, jumelles. Votre mère venait voir Baby pour vous habiller, à l’identique. Enfant, votre père me terrorisait, un modèle d’homme que je ne connaissais pas.

deux souriantes

Élèves brillantes et sages, super sérieuses en classe, nous nous étions connues enfants, petites. Pas vraiment amies, pas vraiment cousines mais proches, longtemps. Le temps de l’enfance, de l’adolescence, le collège, le lycée et vous êtes parties. Tu étais là, encore, le jour où ma vie a basculé. Témoin silencieuse. Tu ne m’as jamais donné les cours de maths.

Le temps a passé, nos vies se sont croisées à nouveau, loin . Une rencontre improbable chez le boucher du village à 450 km de notre ville d’attache. J’achetais vingt poulets pour la bat-mitsva de l’aînée. Tu as ri, j’ai hésité un moment, laquelle des deux sœurs étais-tu. Nous étions mariées, avec enfants, les miens gardaient les tiens, plus jeunes, Nous avons appris à nous connaître, nous reconnaître. Nous sommes devenues amies. Une amitié adulte.

Tu es partie plus loin, et puis la maladie t’as chopée par traîtrise, un moment de faiblesse, un chagrin  et ce cancer du sein qui me ronge ne t’as laissé aucune chance. Tu as combattu, comme une lionne pour tes enfants plus que pour toi. Mais tu as perdu et la même année que Plume je t’ai accompagnée au bout de l’allée, dans une boite de pin clair.

Ta sœur reste seule, amputée, entourée, mais privée de toi. Je suis rentrée du cimetière avec notre rabbin et ma fille aînée. On avait encore des lunettes noires et des Kleenex.

J’ai appris à aimer ta sœur jumelle, le premier déjeuner m’a perturbé, tu étais là, mais non, c’était elle, identique et différente. Elle avait mal de toi, amputée de toi. 

Tu connais mon caractère et le sien, ta sœur et moi on s’est engueulée au printemps pour des histoires de politique. Rien de méchant, ça n’a pas duré. On parle de toi, souvent, très souvent, chaque fois que l’on se parle pour te dire la vérité. Tu nous manques. Chaque fois que l’on se parle je t’entends au loin, Quelle idée d’être partie si vite. Tes enfants vont bien, mais tu le sais, tu les a armé pour ça.

SI tu vois Plume, ma petite sœur de cœur, dis-lui s’il te plaît qu’on vous aime, pas au passé, juste au présent. Comme tu savais si bien le faire, prépare les routes, balise le chemin, pour qu’on ne se perde pas et qu’à l’arrivée du train de vie, en sortant de la gare, on vous trouve, vite.

Je t’embrasse, quatrième début d’année sans toi. Ça me met en colère, comme ta sœur.

Share and Enjoy

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *