Soupirs

Tu connais la blague des trois vieilles femmes juives qui se retrouvent au salon de thé ?
L’une après l’autre elles soupirent profondément. Un moment de silence puis la plus âgée dit « Maintenant que nous avons parlé des enfants, on peut parler d’autre chose »
Non ne pars pas je ne te parlerai pas de la douleur qu’engendre la mort d’un enfant, la vie m’a préservée de ça.
Je ne te parlerai pas du temps de leur adolescence, je te laisse découvrir la palette des émotions que tu vas traverser, de l’envie de meurtre de la chair de ta chair à ton envie de les enfermer chez un affineur à Gruyère ou Roquefort pour qu’il les fasse mûrir loin de toi. Mais tu résistes. Tu les gardes. Tu les aimes.Tu les aimes comme ils sont.
Puis vient le temps où tu réalises que tes enfants sont adultes, qu’ils s’éloignent et que c’est normal, ils partagent moins et c’est normal aussi.
Petit à petit chacun d’entre eux forme sa famille, avec enfants parfois. Fabriqué ou apporté par le conjoint en cadeau Bonux.

Tu deviens grand-mère ou grand-père, ce rôle tu l’endosses avec joie et bonheur. Mais tu restes parent, parent d’un adulte. Parent dans mon cas de quatre adultes.
Tu évites soigneusement de te mêler de leurs vies de couples. Tu leur fais savoir que tu es là si besoin de communiquer. Tu ne te mêles pas non plus de leur vie professionnelle. Idem pour les conseils à n’utiliser qu’en cas de besoin.
Tu essayes de trouver la place qu’ils te laissent, tu ne te plains pas trop. Tu fais avec. Comme tu as toujours une vie à toi et un couple formé avec leur père, tu profites de leur éloignement pour agir selon tes envies et non leurs besoins et tu retrouves une liberté que tu n’avais plus depuis des lustres.
De réunions de familles en fêtes et anniversaires tu les rassembles, mais de moins en moins. La fatigue le boulot, le coût des déplacements et manque de bol, toi tu n’as plus de boulot, moins d’argent, tu es dans les soucis. Bref, la vie d’aujourd’hui.
Tu as aussi des parents âgés, malades parfois.Tu leur demandes de l’aide quand ça va plus du tout. Et ils répondent.
Et un jour, pour un prétexte aussi futile qu’idiot, tu dis un mot de trop.
Le mot c’est «pull-over», oui je sais en soit ça ne prête pas à conséquences un tricot. Ben si, détrompe-toi. Un tricot c’est  fait de mailles, des fils qui se défont et ce tricot là il est revenu au stade de pelote en une fraction de seconde. Dénouant toute une relation.
Et là tel le piranha reniflant ta plaie à la jambe dans l’Amazone, un de tes enfants attaque. A pleine dents, dans le gras.
De jolies dents qui t’ont coûté un bras d’orthodontie même si  elles ne sont pas bien alignées, après tant d’inconfort.
C’était la veille de la nouvelle année juive, parce que ces enfants comme toi sont juifs. Tu leur as transmis des valeurs, enfin tu t’y es employée.
Tu penses qu’il en reste quelque chose, quelque part au fond d’eux. Un truc qui ressortira un jour.
Et ben là tu te goures. L’enfant-adulte en question elle a tout rangé au magasin des accessoires et en premier le chapitre sur le respect des parents.
Donc elle (oui, c’est une fille) t’envoie paître dans les champs qui entourent ta maison et après t’avoir insulté elle dit que ben finalement ça serait mieux de cesser les contacts.
Tu accuses réception (oui par mail) c’est plus 2.0, tu pleures une semaine pleine à raison de 15 h par jour parce que le reste du temps tu dors. Parce que toi t’es un peu con tu l’aimais cette enfant. Tu sais, celle qui t’appelait en pleurs à chaque fois qu’elle doutait de ses choix de mec, de job, de sujet de master.
Celle à qui tu as… bref je m’égare, on ne va pas faire un inventaire, toutes ces années à être sa mère ça va vous lasser.

Les jours passent et tu passes du chagrin à la colère, puis c’est Kippour, tu te dis qu’elle a encore une chance, tu vas à la synagogue, tu te retires du monde et du 2.0 et tu réfléchis. Tu attends un signe.
Et rien.

Alors tu décides qu’au jeu du plus con où tu es passée championne olympique bien avant elle, tu vas la laisser jouer seule. Toi tu as déjà eu ta médaille. Elle a pesé lourd à ton cou jusqu’au jour où tu l’as enlevée.
Elle a l’âge  où tu as failli mourir d’un cancer mais comme tu es une carne tu as survécu. Tu as perdu ta mère à quinze ans donc bien exploré le chapitre «manque» et « orpheline».

Tu as aussi enrichi un analyste à trier ce qu’il y avait dans tes valises. Puis un second un peu plus tard parce que t’avais de nouveau stocké trop de choses.
Tu es devenue adepte du recyclage, tu jettes et tu tries avant. Tu compostes dans ton jardin. Parfois tu répares ce qui peut l’être. Tu évites de t’encombrer pour voyager léger.
Pourquoi je te raconte ça ? Parce que j’ai lu  dans la Chaise vide :« N’oubliez pas : rien n’engendre mieux la plénitude qu’un soupir poussé de tout son cœur »

Allez soupire ça ira mieux je te le promets. Et plus tard ça se réparera peut-être.

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  2 comments for “Soupirs

  1. Cécile
    29 septembre 2012 at 10 h 26 min

    Bon, tu es sacrément en colère ! C’est sain la colère. Ca peut soulager de l’exprimer, autant qu’un soupir.
    Et au passage, cette histoire que tu racontes n’a rien à voir à mon avis avec une affaire d’irrespect des parents. C’est juste l’éternelle histoire des mères et de leurs filles.
    *Soupir*

    • admin
      29 septembre 2012 at 11 h 48 min

      Cécile tu te trompes j’ai laissé la colère, après le chagrin. Quand à l’irrespect comme je ne détaille pas les insultes , je peux comprendre que tu ne sois pas d’accord. 

       

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